*Coccinelle sous feuille*
[Pas de commentaire]
Les Diables
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de Christophe Ruggia France
Durée: 1h45
Distribution : Océan films
Sortie le 11 septembre 2002
Avec Adèle Haenel, Vincent Rottiers, Jacques Bonaffé
www.ocean-films.com/lesdiables/
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" Ils sont deux à fuguer sans arrêt, un garçon et une fille, un frère et une soeur, âgés d'une douzaine d'années. Joseph et Chloé. Deux enfants perdus, abandonnés à la naissance.
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Chloé ne parle pas, hors du monde, et ne supporte pas qu'on la touche. Elle dessine toujours la même maison, elle marche aussi, droit devant elle, un drôle de sourire sur le visage, comme si ses pas la conduisaient vers un endroit précis.
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Joseph, lui, organise les fugues, puis la suit, la protège, persuadé qu'elle veut retrouver la maison de leurs parents. Qu'elle en a le pouvoir. Et qu'une fois son but atteint, elle guérira. C'est son rêve, à Joseph : avoir une maison à lui, une famille, une soeur avec qui il puisse communiquer et jouer.Une soeur qui lui rende un peu d'amour insensé qu'il a pour elle.
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"Second long métrage du réalisateur du Gone de Chaaba, Les diables est un film ambitieux. A partir de l'errance de deux enfants, Christophe Ruggia prend le parti de ses personnages et clame haut et fort que la violence des enfants et des jeunes est avant tout l'expression d?une détresse, le symptôme du manque d'amour. C'est ainsi qu'il suit avec un regard respectueux ces deux enfants dépendants l'un de l'autre, duo fraternel et amoureux, confirmant qu'il est un très grand directeur d'acteurs-enfants. Le scénario original va jusqu'au bout de sa logique et si la fin est fatale, la trajectoire de Chloé et Joseph est faite d'obstination et donc de répétition, de persévérance et donc de déception, d'exigence et donc de désillusion. La violence des gamins est alors la réaction sismique de la violence des hasards de la vie : l'abandon par la mère, la retrouver et apprendre que Chloé n'est pas sa soeur?
Joseph rêve (et le film nous emmène dans ce rêve) : il rêve que sa soeur Chloé a besoin de lui et uniquement de lui. Seul au monde, il n'a que ce point d'ancrage. Il rêve d'une maison idéale comme un paradis : si l'avenir n'est pas meilleur, quel espoir reste-t-il ? Sans aucun jugement, sans aucun discours sociologique explicatif, Christophe Ruggia parvient à nous faire partager cette chose qui quand elle est piétinée est irrémédiablement gâchée : une enfance malheureuse.
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LE MONDE | 10.09.02 |
"Les Diables" : le corps-à-corps de deux orphelins en proie au monde extérieur.
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Avec Les Diables, son deuxième long métrage, Christophe Ruggia, à qui l'on doit Le Gone du Chaâba, signe une fable violente et tendre sur le passage de l'enfance à l'âge adulte. Lancés dans une fuite en avant éperdue, deux orphelins héritiers maudits de La Nuit du chasseur font corps contre le monde.
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Chloé (Adèle Haenel), isolée dans un autisme farouche, muette et allergique au contact physique, s'exprime en assemblant des mosaïques. Elle suit Joseph (Vincent Rottiers), un petit caïd qui organise leurs fugues à répétition et tient comme il peut les rênes de leur couple sauvage. Plus allégorique que réaliste, presque muette, la mise en scène est une composition de mouvements, de couleurs, de sons ; les repères spatio-temporels sont brouillés par un montage elliptique.
Malgré un tournage en extérieur, le ciel n'apparaît dans presque aucun plan, saturés pour nombre d'entre eux par les corps ou les visages des deux enfants. On sort avec une sensation de claustrophobie.
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INTERPRÉTATION POIGNANTE
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A travers le regard du jeune garçon, une des premières scènes découvre Chloé dans une petite mort, le corps inerte, le visage sans expression, les yeux semi-ouverts. A son réveil, le temps du film devient celui d'une dialectique, peut-être trop littérale, entre Eros et Thanatos. Deuxième naissance pour Chloé, son éveil au monde entraîne la chute de Joseph.
Symptôme de l'être au monde et symbole de cette dialectique, le toucher fait office de troisième personnage, à la fois terreau initiatique pour la jeune fille et dernier ancrage à l'autre pour son compagnon.
La tension se résout dans la découverte de l'amour physique que font ensemble les deux adolescents. Chloé se réapproprie le langage, donc la liberté, portant ainsi un coup fatal à la mythologie de Joseph, qui ne le supporte pas.
La force du film doit beaucoup à l'interprétation poignante des deux jeunes comédiens. Mêlant absence et détermination, mystère et transparence, Adèle Haenel se transforme au moyen de sa seule gestuelle, heurtée au départ puis empreinte d'une sensualité exubérante.
Vincent Rottiers, lui, insuffle une vérité brutale à son personnage. Grave et dur comme les enfants projetés trop tôt dans le monde adulte, violent comme un animal traqué, capable d'une tendresse infinie. Magnifiée par une lumière éclatante, des couleurs chaudes, la puissance expressive de ces corps et de leurs visages est la matière incandescente de ce film aux accents de fauvisme.
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Tout cela est malheureusement desservi par une mise en scène alourdie par des redondances. Vraisemblablement peu perméable à ce qui se déroule devant sa caméra, le réalisateur en organise la répétition quand il pourrait seulement enregistrer. Un plan-séquence circulaire accompagne les déambulations angoissées de Joseph dans sa cellule ; un montage en boucle souligne les allées et venues compulsives de Chloé. Le film n'en reste pas moins une belle échappée romantique. "
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Isabelle Regnier